Presse

L’œil urbain

Isabelle Girollet aime la ville, les bâtiments, les chantiers, les usines. Elle voit, capte, magnifie les sites et sujets urbains contemporains, pourvu qu’ils soient colorés.
Désormais, comme le montrent ses nouveaux travaux, elle sait extraire de cette réalité, de cette entité, des formes abstraites.
Pour y parvenir, à l’image d’un compositeur-réalisateur, Isabelle attend son Moment.

Si la luminosité le permet, si elle éprouve la nécessité de créer ; elle se met en quête de rencontres, d’inattendus, le regard et l’esprit curieux, aux aguets. Ainsi, lorsqu’elle déniche ou découvre sa proie ; elle tourne autour, instinctive. Elle guette, cherche, traque, jusqu’au détail, à la forme, à l’élément qu’elle seule saura attraper.
Puis, quand son œil voit le Sujet, il ne le lâche plus, le scrute, l’analyse, le compose. Il joue de bas en haut à la recherche de lignes, d’équilibres, de sens, de couleurs, de points de lumière.
Enfin, il le capture. La prise alors rayonne, vibre et offre à son auteure une véritable jouissance.

Photo-peintre, Isabelle a naturellement évolué en quelques années d’un monde industriel ou urbain fait de métal, de bois, de verre et de béton vers des formes artistiques abstraites mais bien réelles, dans lesquelles tous repères, toutes identifications ont disparu. A l’image des lignes et équilibres qu’elle présente, et toujours avec cette même exigence d’un cadrage rigoureux, elle nous propose un parcours artistique gai et coloré. Une aventure différente.

Isabelle de Saint Sernin
Journaliste

La photographie abstraite

La photographie abstraite puise toujours sa source dans le monde qui nous entoure. Le photographe est celui qui sait voir ce que nous ne voyons pas.
Sa palette, c’est le monde ; ses pinceaux, la lumière.
Il ne vole pas les images : il les crée, par sa patience pour attendre l’instant propice à la prise de vue, par son savoir voir, mais aussi son savoir faire. Alors, il fabrique une image qui n’appartient qu’à lui, mais qui s’adresse à l’imaginaire de chacun. Ainsi créées, les photographies s’offrent à nous dans leur mystère et leur beauté formelle, comme autant de rêveries poétiques ou musicales… lieu à des compositions abstraites, qui leur ôtent leur signification réelle pour leur conférer une dimension poétique.

De même, par des cadrages surprenants, le rapport d’échelle, lié à la reconnaissance de l’objet, disparaît. En cherchant à reconnaître, à identifier, on se prend alors à imaginer, à rêver. Les métaphores que l’on emploiera pour décrire ces images seront celles de la peinture, du dessin, de la calligraphie aussi. Mais il est bien question ici de photographie, et de la liberté qu’elle a prise dans son rapport au réel. La question qui se pose face à ces images ne doit plus être “Qu’est-ce que c’est ?”, qui fait allusion à l’objet représenté par la photographie, mais “Qu’est-ce que je vois ?”, qui s’arrête à la surface même du papier, sans chercher à percer au-delà. C’est dans cet espace même, entre le sujet représenté et l’image qui en est issue, que s’exerce la liberté du photographe, comme celle du spectateur. Dans cet espace fragile et mal délimité, aux frontières mouvantes, réside la poésie.

Au lendemain de la deuxième guerre mondiale, la photographie est désormais le moyen privilégié de diffusion de l’information. Elle a témoigné de toutes les horreurs de la guerre et le photo-reportage y a acquis ses lettres de noblesse. L’agence de photographes Magnum est fondée en 1949. Mais d’autres, en particulier aux Etats-Unis, pensent que la photographie peut exprimer autre chose, qu’elle peut nous parler autrement au moment même où Jackson Pollock et Rothko secouent le carcan de la peinture figurative.
Ces photographes trouvent leur langage dans le dialogue inépuisable entre matière et lumière, qui est l’essence même de leur art.

BNF